DISCOURS PRONONCE PAR

MONSIEUR JACQUES CHIRAC

PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

DEVANT LES DEUX CHAMBRES RÉUNIES

DU PARLEMENT ROUMAIN

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Bucarest - Vendredi 21 février 1997

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Président de la Chambre des Députés,

Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs,

Un mot d'abord pour demander à tous les représentants du peuple, ici présents, de bien vouloir excuser mon retard. N'y voyez pas, je vous le demande, comme une négligence ou un manque de respect à l'égard des représentants du peuple roumain. Simplement, nous avions avec le Président Constantinescu et ses principaux collaborateurs des entretiens concernant les relations entre nos deux pays et concernant les problèmes européens qui ont été un peu plus longs que prévus. Mais je vous remercie de votre indulgence.

Permettez-moi tout d'abord, Monsieur le Président du Sénat, de vous remercier pour vos paroles de bienvenue pleines de chaleur et d'amitié. Elles m'ont touché. Je voudrais, à mon tour, vous dire combien je suis heureux de m'exprimer aujourd'hui devant les deux Chambres réunies du Parlement roumain.

A cet honneur s'ajoute l'émotion - c'est le mot vrai - l'émotion de m'adresser, à travers ses représentants, à la nation roumaine dont nous, Français, nous sentons si proches depuis toujours. L'émotion de me retrouver à Bucarest, dans cette capitale où le général de Gaulle, en visite en 1968, livrait sa vision de l'avenir et en appelait à la fin des blocs et à l'union de l'Europe.

Ici même, il y a près de trente ans, le général de Gaulle exhortait la Roumanie et la France à " renouer, disait-il, fraternellement la chaîne des temps, par-dessus les distances ", par-delà " l'artificielle et stérile séparation " héritée de Yalta. Nos deux pays, unis par " une exceptionnelle amitié ", devaient, je le cite " contribuer à l'émergence d'une Europe où les nations de son Occident, de son Centre et de son Orient, régleraient ensemble leurs problèmes, organiseraient leur sécurité et développeraient en commun leurs ressources et leurs capacités ". " Ce que notre continent, ajoutait-il, attend de Bucarest, de Paris et de toutes les autres capitales, c'est le grand mouvement qui l'unira pour la paix et pour le progrès ".

" Hier, disait-il, - j'achèverai la citation, mais je trouve qu'elle a toute son actualité- hier, disait-il, ce fut l'Europe qui, en se déchirant, jeta l'univers au malheur. Aujourd'hui, c'est elle qui, en se rassemblant, peut y établir l'équilibre, assurant partout la paix et le progrès ".

Trente ans après, la vision du général de Gaulle prend corps sous nos yeux. Enfin libérée des affrontements idéologiques, notre grande famille européenne se rassemble.

En cette période cruciale, la France se tient à vos côtés, soutient votre idéal européen, encourage votre volonté de réforme. Elle le fait en raison de notre histoire commune, de nos affinités profondes, de ces liens réciproques de l'esprit, du coeur et de l'action qui, depuis toujours, unissent solidement nos deux pays, quels que soient les circonstances et les aléas de la vie politique.

C'est que notre amitié, ne l'oublions jamais, est ancienne. C'est l'amitié de deux vieilles nations latines, une amitié qui s'est bâtie sur des racines culturelles, sur des valeurs de civilisation communes. Elle s'est nourrie, cette amitié, au long des siècles, de la similitude de nos combats nationaux, de la ressemblance de nos caractères, d'un même attachement à notre liberté et à notre indépendance, et d'une même volonté farouche de préserver notre âme et notre identité.

La Roumanie et la France ont entretenu un intense dialogue à travers les vicissitudes de l'histoire et malgré la chape de plomb qui s'est abattue quarante années durant sur votre pays.

C'est tout naturellement vers la France que vos anciennes Principautés se tournèrent quand leur existence était menacée. C'est tout naturellement que les Roumains adoptèrent les idéaux de la Révolution française qu'ils avaient contribué à forger. C'est tout naturellement que, du temps d'Alexandre Cuza, les Roumains, pour s'affranchir et s'unir, comptèrent sur le concours de Napoléon III. Roumains et Français devaient s'engager côte à côte dans le premier conflit mondial et, au prix de dures épreuves, prendre part ensemble à la victoire. Avec l'appui de la République française, la Roumanie enfin rassemblée devait jouer son rôle, tout son rôle, dans l'Europe de l'entre-deux guerres.

Par-delà le rideau de fer, nos deux pays se conservaient leur confiance et leur amitié. Aussi, les Français ont-ils espéré et vibré avec vous en cet hiver de 1989 où le peuple roumain devait reprendre courageusement le chemin de la liberté, de la démocratie et recouvrer la pleine disposition de son destin.

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Cette aspiration, les Roumains viennent de l'exprimer à nouveau avec force, en même temps qu'ils ont exprimé leur désir d'Europe. Je salue l'attitude exemplaire de tous vos dirigeants politiques et je rends hommage à la digne et démocratique alternance voulue par le peuple roumain qui a prouvé aux yeux du monde qu'il était vraiment un peuple de démocrates.

Oui, la Roumanie a tourné la page, elle entend aujourd'hui s'arrimer à l'Europe. Et la France, qui est votre amie de toujours et qui a profondément confiance dans l'âme roumaine, où elle se retrouve, la France soutient résolument les efforts courageux et difficiles entrepris par le peuple roumain pour effacer les stigmates du passé et construire une Roumanie moderne, plus solidaire, plus juste. Une Roumanie qui tiendra toute sa place, une place qui ne peut être qu'éminente, au coeur de l'Europe.

La Roumanie et la France doivent participer ensemble à ce mouvement historique. L'enjeu, c'est d'abord la paix et la sécurité. C'est aussi le développement économique et social et l'union politique de l'Europe.

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En s'effondrant en 1989, le mur de Berlin a rendu vie et espoir aux forces de la démocratie et de la liberté. Mais il nous reste encore à construire une véritable architecture européenne de sécurité. C'est l'un des grands chantiers de 1997. La France et la Roumanie doivent y apporter ensemble leurs pierres.

Dans cinq mois, le sommet de l'Alliance atlantique se réunira à Madrid. Il doit rénover profondément l'Alliance, en même temps qu'il décidera de l'engagement des négociations d'adhésion avec un certain nombre d'Etats européens candidats. La Roumanie entend être candidat. La France a été la première à soutenir son point de vue et à la soutenir avec force : je souhaite que la Roumanie nous rejoigne dans l'Alliance atlantique au plus tôt, je souhaite qu'elle puisse le faire dès 1999, et je l'affirme ici, à Bucarest, comme je l'ai dit à Washington, à Londres et à Bonn notamment.

Préserver le lien transatlantique tout en renforçant, au sein de l'Alliance, l'identité européenne dont l'UEO sera l'instrument militaire ; définir des relations pacifiques et amicales avec tous les pays de notre continent, et notamment avec la grande nation russe : telles sont nos ambitions. Et c'est ainsi qu'ensemble, nous éviterons de créer une nouvelle ligne de fracture sur le continent européen. Tel est le souhait de la France. Telle est la volonté des dirigeants de l'Alliance.

Pour réussir, cette grande entreprise impose un règlement des contentieux hérités du passé. Et je voudrais saluer avec respect et avec estime les efforts considérables que vous avez engagés en ce sens. Le traité historique, conclu en septembre dernier entre votre pays et la Hongrie, a mis fin aux querelles liées aux frontières et aux minorités. Quelle meilleure consécration de cet accord que l'entrée dans le gouvernement roumain de personnalités appartenant à la minorité hongroise ! Ce geste a été essentiel pour l'image de votre pays dans le monde d'aujourd'hui, de votre démocratie, et justifie amplement ces prétentions, celles que je rappelais à l'instant, d'entrer parmi les premiers au sein de l'Alliance atlantique.

Dans le même esprit, je salue aussi votre volonté de régler vos problèmes avec l'Ukraine. Récemment, en visite à Paris, le Président Koutchma, avec qui j'évoquais ce problème en lui disant combien il était essentiel pour l'Europe de demain de le régler, m'a fait part d'une volonté analogue. Je souhaite que le résultat puisse être le plus rapide possible.

Et c'est ensemble que Roumains et Français, dans le prolongement du sommet de Lisbonne, doivent renforcer et développer le rôle de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe, organisation qui offre un cadre privilégié pour la définition d'une conception paneuropéenne de la sécurité.

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L'Europe, - et c'est là l'essentiel, on l'oublie trop souvent dans les vaines querelles qu'on lui fait parfois - l'Europe, c'est la paix et la sécurité. Mais l'Europe c'est aussi le développement économique et le progrès social. C'est, à terme, l'union politique de notre continent enfin rassemblé.

En 1989, je fus, je crois, le premier responsable politique occidental à soutenir que la Communauté européenne - que nous appelons aujourd'hui l'Union européenne - devait s'élargir à tous les pays d'Europe centrale et orientale qui retrouveraient, après les années noires, la liberté et la démocratie. Aujourd'hui, et je m'en réjouis, cette vision est partagée par tous les membres de l'Union européenne.

Cette Union, elle se prépare à accueillir les Etats candidats. Elle se prépare à vous accueillir. D'ici deux ans, elle disposera d'une monnaie unique, qui sera l'autre grande monnaie du monde. Elle s'attache à préserver et à développer le modèle social européen, qui seul nous permettra de tirer le meilleur parti de la mondialisation des technologies et des échanges. Elle développe aussi la politique méditerranéenne, à laquelle la Roumanie, nation latine, doit être pleinement associée.

Cette Union est engagée dans une grande réforme institutionnelle, qui doit être conclue lors du Conseil européen d'Amsterdam, en juin prochain. Renforcer la politique étrangère et de sécurité commune ; doter l'Union des moyens de lutter contre les fléaux qui menacent nos sociétés : la criminalité, le terrorisme, la drogue ; rendre nos institutions européennes plus démocratiques, plus efficaces, mieux adaptées à une Europe élargie. Tels sont les objectifs de la Conférence intergouvernementale : car l'Union, comme on le dit dans notre jargon, doit s'approfondir pour pouvoir s'élargir.

Six mois après la conclusion de cette Conférence, les négociations d'élargissement s'engageront. La position de la France a été claire et elle a été finalement adoptée : tous les pays candidats doivent être placés sur un pied d'égalité. Bien sûr, le rythme et l'aboutissement des pourparlers dépendront de toute une série de critères objectifs, dont nous devrons débattre ensemble, avec le concours de la Commission européenne. C'est aussi avec vous que nous fixerons la date la plus propice à votre adhésion. La France, vous le savez, souhaite que cette adhésion puisse intervenir le plus rapidement possible, c'est votre intérêt, c'est l'intérêt de la France et c'est l'intérêt de l'Europe.

D'ici là, la France propose qu'une conférence européenne rassemble les pays de l'Union et les pays candidats, offrant ainsi à tous un forum pratique de concertation et de dialogue.

Dans ces lieux, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, je mesure pleinement l'intensité du mouvement engagé par votre pays pour participer à notre entreprise commune, pour nourrir notre ambition commune. La Roumanie s'est dotée d'institutions démocratiques qui ont fait la preuve de leur efficacité. Elle s'est massivement prononcée pour la poursuite et l'approfondissement des réformes. Elle s'est résolument tournée vers l'Union européenne, à laquelle elle est associée depuis 1993. Ici, l'on ressent profondément le courageux effort voulu par le peuple roumain pour construire une société plus moderne et aussi plus juste, une économie plus ouverte et aussi plus transparente. Et, j'ai confiance, totale confiance dans votre détermination à mener à bien les réformes nécessaires engagées.

Vous pouvez compter sur l'appui de la France. Si vous le souhaitez, elle vous apportera tout son concours pour vous permettre de surmonter telles ou telles de vos difficultés. Au sein de l'Union européenne, comme au sein de l'Alliance atlantique, la France veut être votre avocat, votre amical avocat.

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Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs,

Ce sont de grandes échéances qui nous attendent. Pour les préparer, je suis venu vous offrir de construire, sur notre exceptionnel capital de confiance et d'amitié, une vraie et forte coopération fraternelle entre nos deux pays.

Pour bâtir ce partenariat, nous avons des atouts : les échanges entre nos grands établissements d'enseignement et de recherche, entre nos grands foyers de création ; la fascination et l'influence réciproques exercées l'un sur l'autre par nos deux cultures ; la présence en France d'une importante communauté roumaine ou d'origine roumaine.

Je tiens à saluer, bien sûr, les très grands auteurs, musiciens et artistes roumains qui ont tant apporté dans les domaines de l'imaginaire et de l'esprit, et qui ont nourri la culture de mon pays. On a toujours tort de citer. Ce n'est pas une référence historique, c'est simplement un cri du coeur car il s'agit d'hommes qui m'ont touché. Eugène Ionesco : depuis un demi-siècle, ses pièces demeurent à l'affiche des salles parisiennes et il était pour moi un grand ami. Je pense à ces grands écrivains, Emil Cioran, Mircea Eliade, qui ont, et depuis longtemps, conquis tant de lecteurs en France et d'ailleurs dans toute l'Europe. Je pense à Tristan Tzara, qui fut l'un des pionniers du surréalisme et qui captiva une génération entière d'intellectuels français. Et je pourrai citer, ainsi, beaucoup d'hommes ou de femmes venus de votre pays et qui ont profondément influencé la réflexion, la culture de mon pays.

Je pense à de grands artistes aussi : Brancusi dont je visitais il y a quelques jours le nouveau musée au coeur de Paris, devant le Centre Georges Pompidou et qui était l'atelier de ce maître qui a marqué si profondément de son temps, Brauner et Grigorescu dont les tableaux sont à l'honneur en France, et que je cite parce que je les aime particulièrement. Je pense naturellement au grand compositeur Enescu. Je ne peux bien sûr citer ici, tant ils sont nombreux, tous les créateurs roumains d'hier et d'aujourd'hui mais qui témoignent de cette affinité profonde qui unie nos deux peuples, qui témoignent surtout de cette influence réciproque, décidée des Roumains et des Français dans l'élaboration d'une réflexion ou d'une création commune.

Je sais aussi combien les artistes et les écrivains français sont appréciés en Roumanie. Je sais à quel point, des plus hauts dirigeants jusqu'aux enfants des écoles, l'on connaît et l'on aime, ici, la langue française. Près d'un Roumain sur quatre la comprend et la parle. Plus de la moitié des enfants roumains la choisissent comme une première langue étrangère.

Dès l'origine, vos universités de Bucarest et Jassy ont enseigné le français à la jeunesse des Principautés. Et aujourd'hui, la Roumanie se trouve tout naturellement au coeur de la grande famille francophone dont elle est l'un des membres les plus actifs, l'un des membres qui l'influence le plus. Les Français y sont profondément sensibles et je tenais à vous exprimer notre reconnaissance. Je souhaite que, dans quelques années, la Roumanie puisse accueillir un Sommet de la francophonie.

Ces positions solides de la langue française en Roumanie, nous devons ensemble, et je crois que c'est notre intérêt commun, les préserver et les développer. Car la pratique du français, langue des grandes capitales européennes, et l'une des principales langues de travail des institutions communautaires, sera demain, pour les Roumains qui en ont fait le choix, un précieux atout dans une Europe élargie.

Cette entente privilégiée, que je veux privilégier plus encore, nous invite tout naturellement à nourrir et à approfondir notre dialogue politique. Certes, il a toujours été bon, mais un dialogue ne l'est jamais assez. Depuis son élection, j'ai rencontré à trois reprises le Président Constantinescu. Et aujourd'hui, j'ai le plaisir d'être son invité. Dans l'avenir, dirigeants roumains et dirigeants français sont convenus de se rencontrer plus souvent et de se concerter étroitement.

Je suis venu en voiture, accompagné du ministre des Affaires étrangères, de quoi avons-nous parlé ? Tout simplement de la manière d'organiser en commun une concertation permanente pour défendre nos intérêts communs, notamment dans le cadre de l'élargissement de l'Alliance atlantique. C'est une discussion qui est difficilement transposable avec d'autres pays et qui témoigne de l'accord spontané qui existe entre nous afin que nous nous soutenions mutuellement.

Ces échanges sont également nombreux à d'autres échelons de la vie politique, parlementaire et municipale. Je me félicite de cette volonté de dialogue entre représentants nationaux et entre représentants locaux. Il faut amplifier ce mouvement. C'est la raison de la présence à mes côtés de plusieurs parlementaires français et notamment des Présidents des groupes d'amitié de l'Assemblée nationale et du Sénat français, auxquels je demande de bien vouloir envisager, ce qu'ils ont déjà fait je crois, avec leurs homologues roumains, un nouvel essor de la coopération entre nos Parlements.

Sur le plan économique, la présence de sociétés françaises en Roumanie et de sociétés roumaines en France se développe, c'est vrai, à un rythme élevé. Nous devons atteindre, dans ce domaine, l'intensité et l'excellence de nos relations politiques et culturelles. Il y a sept ans, il nous fallait reconstruire notre partenariat économique. Et nos entreprises ont accompli de considérables efforts. Mais nous devons aller plus loin pour nous préparer à coopérer mieux au sein du marché européen.

La France n'est que le cinquième investisseur en Roumanie, elle n'est que son quatrième partenaire commercial : elle ne compte que pour 5 % dans vos échanges. Quant aux 1600 sociétés mixtes franco-roumaines, qui constituent un maillage indispensable au développement de nos activités communes, elles nous placent encore loin derrière d'autres partenaires de la Roumanie, ce n'est pas normal, cela ne correspond pas à nos intérêts communs, ni à la nature des choses.

Je demande aux entreprises françaises d'accroître leur contribution au développement de votre pays. La France doit y étoffer sa présence, c'est son intérêt comme c'est le vôtre. Mais il faut aussi que nos entreprises trouvent chez vous un cadre réglementaire et un climat général propres à leur installation et à leur épanouissement. Je m'en suis entretenu avec le Président Constantinescu et j'en parlerai demain au Premier ministre. Je me félicite de la volonté d'ouverture et de l'engagement des dirigeants roumains. Je ferai part de ce message aux hommes d'affaires roumains et français que j'aurai l'honneur de rencontrer demain.

Enfin, nous devons élargir le champ de notre coopération. Ce champ est essentiellement économique, nous devons y inclure le domaine social, nous devons y inclure ces phénomènes d'exclusion et de souffrance auxquels nos sociétés, toutes nos sociétés sont confrontées. Je sais la place qu'occupe cette exigence de solidarité dans le débat en Roumanie et dans le coeur des Roumains. Je sais que vous en avez fait, vous-mêmes, une priorité comme nous.

Permettez-moi d'évoquer, et d'évoquer bien sûr en ami, comme je souhaite que vous évoquiez avec moi les problèmes que la France connaît, ce problème douloureux, celui des enfants roumains orphelins. Je voudrais saluer la détermination des autorités roumaines à s'attaquer aux racines de ce drame. Il ne s'agit pour nous, naturellement, ni de juger a fortiori, il ne s'agit pas de donner je ne sais quelle leçon, nous en aurions à recevoir également. Il s'agit simplement de soutenir, avec le concours de l'Union européenne, votre volonté exprimée d'assurer à tous les petits Roumains une enfance heureuse et un avenir souriant. Voici un mois, une commission franco-roumaine a été installée par nos deux ministres compétents. Je souhaite qu'elle fasse du bon travail et je suis persuadé que cette question tient également à coeur au législateur roumain, comme il tient à coeur au gouvernement.

Plus généralement, le Président Constantinescu et moi-même avons décidé de mettre sur pied, en matière sociale, des programmes de coopération et d'assistance réunissant les organisations humanitaires, les travailleurs sociaux et tous ces volontaires si nombreux et si généreux, roumains et français, qui se dévouent pour lutter chez vous et chez nous contre la misère et contre l'exclusion.

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Voilà, Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Président de la Chambre des députés, Mesdames et Messieurs, le sens que j'ai souhaité donner à ma visite dans votre beau pays.

Il y a sept ans, les Roumains rejetaient la tyrannie et recouvraient la libre disposition de leur destin. Il y a quelques semaines, ils exprimaient fortement leur soif de rénovation, leur détermination à bâtir une société plus moderne, plus solidaire, plus juste. Ils manifestaient leur volonté de rejoindre enfin leur famille : l'Europe.

Oui, nos deux nations vont se retrouver au sein d'une Europe unie, prospère et pacifique. Oui, elles y feront valoir ensemble tout ce qui les rapproche déjà : la communauté de leurs origines, une même vision de l'homme, un même attachement à leur identité culturelle.

Mais allons encore plus loin ! Elargissons le champ de notre coopération. Multiplions les passerelles entre nos deux peuples. Entre nos chefs d'entreprise, nos investisseurs et nos chercheurs. Organisons le dialogue de nos jeunesses. Ce sont les jeunes qui devront, demain, faire grandir l'Europe et la nourrir d'idéaux et de projets qui seront leurs idéaux et leurs projets.

Que vive la Roumanie ! Que vive la France !

Et surtout que vive l'amitié entre la Roumanie et la France !