Discours de M. Jacques CHIRAC, Président de la République française, à l'occasion de la rencontre économique franco-saoudienne organisé par le Conseil des chambres saoudiennes de commerce et d'industrie.

Riyad - Arabie Saoudite - Dimanche 5 mars 2006.

Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,

Je veux tout d'abord vous dire combien j'ai été sensible aux chaleureuses paroles que vous avez eues à mon égard et surtout à l'égard de la France. Elles sont pour moi un encouragement, et je vous en remercie.

L'invitation de Sa Majesté le roi Abdallah, Gardien des deux Lieux saints, me permet de lui manifester mon amitié fidèle et ancienne, et aussi à l'aube de son règne, de l'assurer du soutien de la France aux orientations qu'il a données à la politique du Royaume. Cette visite s'inscrit dans un dialogue régulier et confiant que nous entretenons, Sa Majesté et moi, depuis de longues années et auquel j'attache, pour ma part, le plus grand prix et la plus grande importance. Elle est aussi l'illustration des relations qui unissent si étroitement l'Arabie saoudite et la France.

Acteur de premier plan sur la scène internationale, tant par son poids spécifique que par son rôle modérateur dans une région et dans un monde troublés, l'Arabie saoudite est, pour la France, un partenaire majeur pour relever les nouveaux défis d'un monde en pleine transformation.

Mes entretiens avec ses dirigeants m'ont éclairé sur les orientations économiques du Royaume, sur ses ambitieux chantiers de réforme, et sur sa volonté de poursuivre, avec intelligence et détermination, l'indispensable diversification de l'économie saoudienne. Je suis également heureux de rencontrer ceux qui représentent les forces vives du Royaume. J'ai tenu à le faire en compagnie des dirigeants de sociétés françaises parmi les plus prestigieuses, qui m'ont fait l'amitié de m'accompagner.

Donc, je vous remercie donc chaleureusement de votre accueil.


Puissance économique en plein essor, respectueuse et respectée pour son rôle essentiel et stabilisateur sur les marchés pétroliers, l'Arabie saoudite a tous les atouts pour affronter les défis économiques du siècle.

Sur ce chemin, vous allez bénéficier, c'est vrai, de l'élan donné par la récente adhésion du Royaume à l'OMC. Elle permettra l'arrivée sur votre marché de nombreux compétiteurs étrangers, qu'ils soient investisseurs industriels, commerçants ou encore sociétés commerçants services.

C'est un défi. Mais je suis convaincu que vos entreprises sauront s'adapter à cette situation nouvelle et la surmonter.

Déjà, les efforts engagés par le gouvernement saoudien, sous l'impulsion dynamique de Sa Majesté, en matière de libéralisation du marché les y encouragent. Je pense notamment à l'accélération du processus de privatisation ou encore à la refonte des principaux textes qui régissent le marché des capitaux, l'organisation du travail ou l'investissement étranger.

Toutes ces évolutions ont déjà créé un climat de confiance, salué par tous les observateurs internationaux.

Compte tenu de ces succès, j'estime que le temps est venu de porter nos relations économiques à la hauteur de nos excellentes relations politiques. Nos relations bilatérales sont anciennes et importantes : l'Arabie saoudite est le deuxième partenaire commercial de la France au Proche et Moyen-Orient. Et le fort développement de nos échanges en 2005 montre que nous sommes sur la bonne voie. Mais la relative faiblesse des exportations françaises et des investissements français dans le Royaume, et le caractère encore trop peu diversifié de nos échanges, témoignent du chemin qui nous reste encore, ensemble, à parcourir.

C'est le message que je suis venu vous adresser amicalement aujourd'hui : inciter les entreprises françaises à s'engager encore davantage sur le marché saoudien ; convaincre nos amis saoudiens de l'excellence des savoir-faire français, et aussi de notre volonté de coopération amicale.

Les entreprises françaises sont à la pointe du savoir-faire et de l'innovation. Elles peuvent se prévaloir de nombreuses expériences de transferts de compétences réussis, dans le Royaume ou dans d'autres pays de la région.

En matière d'aéronautique et de défense, nos deux pays ont su tisser des liens forts et anciens. Nos entreprises, comme Thalès, Dassault, ou Eurocopter, sont prêtes à apporter à l'Arabie saoudite toutes leurs compétences.

Dans le domaine de l'énergie, nous souhaitons intensifier nos partenariats : l'expertise de Total, ou de l'Institut français du pétrole, est à votre disposition.

Pour répondre à vos besoins en matière d'infrastructures, les entreprises françaises disposent, vous le savez, d'un savoir-faire, je crois que l'on peut le dire, inégalé. Les noms d'Alstom pour l'énergie et les transports, de Vinci pour les grands travaux, de Véolia et Suez pour l'eau et l'assainissement, d'Alcatel pour les réseaux de télécommunications, tous ces noms vous sont familiers : toutes ces entreprises, et bien d'autres encore, souhaitent contribuer à la réalisation de vos ambitieux programmes d'investissement et de production.

La France, qui possède la deuxième base industrielle d'Europe, dispose d'une gamme de compétences large et diversifiée : industrie agro-alimentaire, avec Danone ou Lactalis ; matériaux électriques avec Schneider ; matériaux avancés, avec Saint-Gobain et bien d'autres encore.

Le secteur financier constitue un autre domaine de coopération très prometteur. Avec Calyon, qui a investi dès 1977 dans la banque Saudi Fransi, dont le nom témoigne de l'amitié entre nos deux pays. Avec BNP Paribas, Axa et tant d'autres, la France, qui peut se flatter d'avoir les entreprises financières parmi les plus performantes d'Europe, souhaite intensifier ses relations avec l'Arabie saoudite.

Il en va de même du secteur des services, qui est au cœur de la stratégie de diversification de l'économie saoudienne engagée par vos autorités. Dans ce domaine, la France dispose d'entreprises comme Sodexho, Casino ou Accor, dont l'expertise est mondialement reconnue.

Notre objectif commun, c'est bien l'accroissement de la présence des entreprises françaises en Arabie saoudite, et l'élargissement de leur champ d'application. Soixante entreprises françaises sont d'ores et déjà présentes ici ; elles emploient plus de 12 000 personnes. Nous pouvons et devons faire beaucoup mieux, pour contribuer au développement spectaculaire de l'Arabie saoudite, et pour participer pleinement à cette priorité dont nous comprenons l'importance capitale pour l'avenir du Royaume : l'effort national de création d'emplois pour les jeunes Saoudiens.

Je forme le vœu que cette dynamique de croissance se poursuive et se traduise par des implantations françaises accrues, que ce soit sous la forme d'investissements industriels, de création de sociétés conjointes ou encore de développement des partenariats commerciaux.

Bien entendu, la France, qui a fait le choix de l'économie ouverte, est désireuse d'accueillir en grand nombre les investisseurs saoudiens sur son territoire. La qualité de sa main-d'œuvre et de sa technologie, la puissance de son économie, moderne et tournée vers le monde, le choix de l'euro, monnaie forte et stable, sont autant de raisons de se tourner vers la France pour investir.

Pour soutenir cette ambition, je sais pouvoir compter sur le réseau des chambres de commerce et d'industrie en Arabie, ainsi que sur le ''conseil des affaires franco-saoudien'', qui a vocation à être un instrument de dialogue et d'échange. Placé sous l'égide de la fédération des chambres de commerce et d'industrie d'Arabie saoudite et du MEDEF, animé avec beaucoup d'intelligence et de dynamisme par son président, M. Abdul Aziz El Sheikh, ce conseil est appelé à jouer un rôle croissant dans le développement de nos échanges et dans le resserrement de nos relations commerciales bilatérales.


Messieurs les Présidents,

Permettez-moi de terminer en adressant un message d'amitié au peuple saoudien, en mon nom personnel, au nom de la délégation qui m'accompagne mais surtout, au nom du peuple français. Les projets économiques obéissent à la loi de l'intérêt des deux parties, c'est évident, mais ils peuvent donner à notre dialogue et à notre partenariat une dimension nouvelle. Ils contribuent en effet à des échanges entre les hommes, donc à une meilleure compréhension et à la dissipation des malentendus qui naissent de l'éloignement ou de l'ignorance réciproque.

Nous appartenons, les uns et les autres, à des cultures anciennes et prestigieuses qui peuvent s'enrichir mutuellement pourvu que nous abordions nos différences dans un esprit de curiosité, de tolérance et de respect. Alors, loin de nous éloigner, ces différences nous rapprocheront et créeront entre nous de nouvelles solidarités. A l'heure où les manifestations d'incompréhension se multiplient dans un monde de plus en plus ouvert et interdépendant, il nous revient de promouvoir cette exigence du dialogue et du respect des convictions de l'autre qui est au cœur même de nos traditions politiques, sociologiques et culturelles. Je vous remercie.