Allocution prononcée par M. Jacques CHIRAC, Président de la République, à l'occasion du dîner d'Etat offert en son honneur par Son Excellence M. A. P. J. ABDUL KALAM, Président de l'Union indienne.

Rashtrapati Bhavan - (Inde), lundi 20 février 2006.

Monsieur le Président,

Merci pour votre invitation à retrouver l'Inde. L'Inde qui me conviait, il y a huit ans, à assister au 50e anniversaire de son indépendance. L'Inde que je retrouve depuis hier avec beaucoup d'émotion.

Amour de la liberté, celle des nations et celle des hommes ; attachement aux valeurs de tolérance, de diversité et de solidarité ; confiance dans le progrès par la diffusion de la connaissance : voilà ce qui rassemble l'Inde et la France.

Ensemble, par l'instauration en 1998 de notre partenariat stratégique, nous avons voulu promouvoir la paix et la sécurité, faire reculer la violence et le terrorisme, lutter contre les fléaux de la pauvreté et de la maladie, accélérer le progrès économique dans le respect de l'environnement. Nations démocratiques, éprises de leur indépendance, l'Inde et la France ont placé leur action internationale, leur ambition d'une démocratie planétaire, sous l'autorité de la Charte des Nations Unies et dans le respect du droit.

Cet engagement au service de la paix, vous le manifestez par vos contributions aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies, par vos initiatives pour établir une relation constructive et apaisée avec vos voisins, avec le Pakistan notamment, dans le cadre du "dialogue composite". Avec la Chine, l'autre grande puissance émergente de l'Asie, avec laquelle vous avez établi un dialogue stratégique riche de promesses.

La France est convaincue que l'Inde, par sa civilisation plurimillénaire, par ses choix démocratiques, par son attachement à la laïcité, par son expérience de la coexistence en son sein de tant de peuples, de langues et de cultures, doit jouer un rôle essentiel pour l'équilibre du monde. Ce rôle, il est temps que la Communauté internationale le consacre et que soit enfin satisfaite l'aspiration légitime de votre pays à un siège de membre permanent du Conseil de sécurité.

Je plaide également pour qu'une évolution des règles internationales relatives aux transferts de technologies nucléaires civiles, qui visent à garantir la non prolifération, permette à l'Inde, puissance responsable, de répondre sans délai à ses immenses besoins énergétiques, dans le respect de ses intérêts légitimes et d'indépendance nationale.

Je souhaite résolument l'approfondissement de ce partenariat stratégique qui unit l'Inde et l'Union européenne, notamment dans des projets phares comme le réacteur expérimental ITER ou le système de navigation satellitaire Galiléo.

Aujourd'hui, avec le Premier ministre, M. Manmohan SINGH, nous avons fait franchir à notre partenariat stratégique une nouvelle étape : l'accord cadre de défense nous permettra de développer en commun des programmes d'équipements ; la déclaration conjointe sur le nucléaire civil précise les contours de notre coopération future au service du développement durable. Nous allons, par leur application, donner une dimension nouvelle aux liens qui unissent l'Inde et la France.

Monsieur le Président,

Le développement de l'Inde, notamment dans le domaine des hautes technologies, force l'admiration du monde. Ses succès, elle les doit d'abord à des hommes tels que vous. Grande figure de la science indienne, héritier de C. RAMAN, de S. BOSE ou de V. SARABHAI, vous avez, avec l'immense communauté des chercheurs indiens, porté l'Inde au premier rang des puissances, ce rang qu'elle a toujours occupé parmi les grandes cultures de l'humanité et en particulier dans les sciences.

La marche en avant de l'Inde, ses performances impressionnantes, attirent de plus en plus nos chercheurs, nos universitaires, nos étudiants, nos artistes, nos chefs d'entreprises dans votre pays. Sachez que nous aussi, nous souhaitons accueillir en retour toutes celles et tous ceux des vôtres qui désirent mieux connaître la France, en particulier vos étudiants, trop peu nombreux encore dans nos universités, nos laboratoires et nos grandes écoles.

Grâce à l'engagement remarquable de nos entreprises, nous parviendrons à doubler le volume de nos échanges commerciaux bilatéraux dans les cinq années à venir, ainsi que Monsieur le Premier ministre de l'Inde et moi-même en avons convenu.

Monsieur le Président,

Ce partenariat d'avenir repose également sur un long et profond dialogue des âmes qui a nourri nos grands écrivains. Je pense à Romain Rolland, à André Malraux, à nos sanskritistes et à toutes celles et tous ceux qui sont allé puiser aux sources de la civilisation Indo-gangétique. L'exposition à Paris, au Grand Palais, l'an prochain, des Trésors de l'art Gupta sera l'un des moments exceptionnels de notre relation.

Monsieur le Président,

En levant maintenant mon verre, je veux vous dire ma gratitude pour l'accueil que vous-même et les autorités indiennes m'avez réservé, ainsi qu'à mon épouse et à la délégation qui m'accompagne.


Je lève mon verre, Monsieur le Président, en votre honneur, en l'honneur de toutes celles et tous ceux qui, en Inde et en France, se sont investis au service de notre relation. Je le lève à l'amitié entre nos deux pays et en l'honneur de la grande, de l'éternelle nation indienne à laquelle je souhaite bonheur et prospérité.

Vive l'Union indienne, vive la France, et vive l'am