MESSAGE POUR L’INAUGURATION DE L’EXPOSITION SUR LE GENERAL DE GAULLE

Moscou, 8 juillet 2003

Aujourd'hui, Moscou célèbre le souvenir du Général de Gaulle. Pour les Français, il fut l'homme du refus, celui qui, au coeur des ténèbres, quand tout semblait perdu, quand les armées nazies triomphaient sur tous les fronts, a incarné le courage, le combat, l'espérance, plus puissante que la fatalité, que la force brutale. Il avait le sens du destin des peuples, fondé sur une connaissance intime de l'Histoire, et la conviction que, la paix revenue, la réconciliation forgée puis acquise, l'Europe, parce que telle est l'aspiration profonde des peuples qui la composent, pourrait se retrouver et enraciner ensemble, sur tout le continent, les valeurs de la démocratie qu'elle avait révélées au monde.

Voilà pourquoi il n'a cessé de dénoncer l'affrontement des idéologies, la logique des blocs. Alors même que la France affirmait sans ambiguïté son engagement atlantique et sa fidélité à ses alliances, il a continué de tendre une main fraternelle au peuple russe. Il a entretenu et nourri le dialogue privilégié de la Russie et de la France, fait en son temps le voyage de Moscou, qui lui réserva un accueil mémorable, et jeté les bases d'une coopération scientifique et culturelle remarquable dont les voyages dans l'espace entrepris ensemble, par les Russes et les Français, ont marqué le point d'orgue.

Le temps, notre exceptionnelle relation, tout ce qu'elle a permis donnent raison à sa vision, forte, à sa volonté de maintenir, contre vents et marées, le cap de notre amitié, à sa conviction que l'avenir lui donnerait tout son poids, tout son sens.

Le monde contemporain a une ardente obligation : donner à chaque peuple sa place et sa chance, élaborer une démocratie planétaire, un ordre international fondé sur le droit, le dialogue et le respect mutuel, bâtir une solidarité pour relever collectivement les défis que la mondialisation lui lance. En ce XXIème siècle, le monde doit être multipolaire et se trouver un équilibre qui ne laisse personne au bord du chemin, en marge des décisions et des mouvements qui dessinent l'avenir.

Parmi ces pôles qui émergent, il y a l'Union européenne et la Russie. Parmi les grandes relations qui vont peser sur la scène mondiale et qui comptent déjà, il y a la nôtre. Cette amitié qui ne ressemble à nulle autre et à laquelle le Général de Gaulle a voulu garder sa vigueur, sa profondeur, sa confiance. Son héritage est aussi fait de cette amitié.

Jacques CHIRAC