Message du Président de la République à l'Association des paralysés de France à l'occasion de son congrès

Message de M. Jacques CHIRAC Président de la République à l'Association des paralysés de France à l'occasion de son congrès


Palais de l'Élysée 5 octobre 1995

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, Chers amis,

J'aurais beaucoup souhaité être parmi vous aujourd'hui. Mon emploi du temps en a décidé autrement, et j'ai demandé au ministre de la Solidarité entre les générations, Mme CODACCIONI, de se faire mon interprète auprès de vous.

Je me réjouis doublement de la tenue de votre Congrès. D'abord parce que j'ai pour l'Association des paralysés de France une estime ancienne et profonde, mais aussi parce que le thème de votre réunion : "vingt ans après la loi de 1975, quels nouveaux champs d'action pour les personnes handicapées ?" rejoint mes préoccupations.

La loi d'orientation du 30 juillet 1975 a vingt ans, en effet. Elle fut, et elle reste une grande loi. Je suis fier de l'avoir fait adopter par le Parlement. Son vote a permis un changement social profond. Avec la loi de 1975, le regard de la société sur le handicapé a changé. Pour la première fois, le législateur, et avec lui la nation, regardaient la personne handicapée non plus comme l'infirme de jadis, mais comme une personne capable d'insertion, titulaire de droits, créancière de notre solidarité. En 1987, j'ai voulu que le dispositif soit complété par une nouvelle loi, touchant au monde du travail. La loi de 1975 consacrait la citoyenneté de la personne handicapée ; la loi de 1987, sa qualité d'acteur économique.

Pour autant, beaucoup reste à faire.

Les 5 millions de nos compatriotes handicapés aspirent à une plus grande intégration dans la cité, dans l'entreprise, dans la nation. À l'aube de ce septennat, et fidèle à une conviction qui m'habite depuis longtemps, je souhaite donner une nouvelle impulsion à la politique en faveur des handicapés. Il faut aller plus loin dans l'intégration professionnelle, il faut progresser dans l'éducation, il faut développer les capacités d'accueil, il faut accroître la prévention.

Au-delà de l'approfondissement indispensable des efforts déjà engagés, il faut maintenant franchir une nouvelle étape. Tout ne peut être résolu avec des mesures administratives et de l'argent. Le handicap ne doit pas être traité comme un problème à part. Il existe une manière de lutter contre l'exclusion qui fabrique l'exclusion. Nous devons sortir de cette logique d'enfermement. Ce que veulent les handicapés, c'est une vraie intégration dans la société, condition d'une vraie dignité.

Le handicap, qui sollicite notre créativité, notre intelligence et notre coeur, ne doit plus être un facteur d'exclusion, mais bien une source de progrès. À nous de garantir un accès de l'école égal pour tous. À nous de rendre le maintien à domicile possible lorsqu'il est souhaité, notamment grâce à l'appareillage et à l'aide à domicile. À nous d'intégrer le handicap dans toutes nos approches de la vie quotidienne, le logement, les transports, la construction. C'est toute notre politique qui doit changer d'optique, qui doit prendre en compte le handicap trop longtemps traité à part. Chaque aspect de la vie, chaque politique doit intégrer les besoins des personnes handicapées, non plus après coup, quand les difficultés apparaissent, mais en amont de chaque décision.

Un délégué interministériel, M. Patrick SEGAL, rattaché à la fois au ministère du Travail et au ministère de la Solidarité, est désormais en charge des handicapés. Je suis convaincu qu'aux côtés de M. Jacques BARROT et de Mme Colette CODACCIONI, il fera naître cette impulsion nouvelle.

Notre soutien aux handicapés doit sans cesse se raffermir. Il doit progresser dans la législation et dans la technique, sans doute. Mais il doit surtout progresser humainement. Soyez assuré que le Président de la République y veillera.

Jacques CHIRAC




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