Allocution prononcée à l'occasion du dîner d'Etat offert en l'honneur du Président de la République algérienne démocratique et populaire (Palais de l'Elysée)

Allocution prononcée par M. Jacques CHIRAC, Président de la République, à l'occasion du dîner d'État offert en l'honneur de Son excellence M. Abdelaziz BOUTEFLIKA, Président de la République algérienne démocratique et populaire.

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Palais de l'Élysée, le mercredi 14 juin 2000

Monsieur le Président,

Aujourd'hui, pour beaucoup d'entre nous, pour moi notamment, est un grand jour. En votre personne c'est l'Algérie que la France accueille et honore. Chacun sait la place de votre pays dans le coeur des Français. Votre visite d'Etat à Paris marque une nouvelle date dans l'histoire si forte et si singulière de notre relation. Je salue en vous l'homme d'Etat qui rend espoir et courage à l'Algérie meurtrie. Qui redonne à ce grand pays la place qui lui revient sur la scène internationale. Et qui entend restaurer pleinement la confiance et l'esprit de coopération dans le dialogue que doivent entretenir nos deux peuples si proches l'un de l'autre. * Les Français suivent avec beaucoup d'attention et d'espoir les évolutions en cours dans votre pays. Ce soir, je salue, au nom de la France, le courage et la dignité du peuple algérien dans son combat quotidien contre le terrorisme, le fanatisme et la barbarie. Ces dérives n'ont pas épargné la France. Mais nous n'oublierons pas les drames vécus en Algérie, ni la détermination des Algériens à faire prévaloir le respect des personnes, les valeurs de concorde et le primat du droit. Je réaffirme devant vous l'indéfectible solidarité de mon pays. Solidarité dans l'épreuve, solidarité dans le renouveau. Monsieur le Président, nous avons foi dans l'avenir de l'Algérie. L'approbation massive du référendum sur la concorde civile a ouvert la voie de la réconciliation nationale. La dynamique que vous avez lancée porte déjà ses fruits. Parallèlement, vous avez engagé l'Algérie sur le chemin des réformes politique, économique et sociale. Je sais votre volonté de moderniser et d'ouvrir davantage encore votre pays. Votre visite, Monsieur le Président, participe de cette ambition. Votre choix d'homme d'Etat est de penser d'abord à l'avenir et de s'y consacrer pleinement ! Et, en particulier, de relancer la coopération entre l'Algérie et la France, qui sont l'une pour l'autre deux interlocuteurs naturels. Nous savons le rôle de l'Histoire pour cimenter les nations, la force des épreuves pour tremper le caractère des peuples. Les pays se bâtissent et s'unissent souvent dans la fierté douloureuse du combat, mais aussi dans la quête inlassable de la liberté. Leur lutte, les Algériens l'ont menée pour l'indépendance. Et ni vous, ni nous, ne pourrons jamais oublier le sang versé, les compagnons tombés, les souffrances endurées de toutes parts. Mais le temps fait heureusement son oeuvre. Le moment est venu de regarder résolument l'avenir, sans rien oublier du passé. Aller de l'avant pour l'Algérie et la France, c'est dans la sérénité, dans le respect des sensibilités de chacun, bâtir une relation apaisée et ambitieuse. En un mot, privilégier ce qui nous unit. Et, d'abord les femmes et les hommes, vos compatriotes, Monsieur le Président, qui résident et travaillent en France où ils forment l'une des toutes premières communautés étrangères. Avec le temps, car beaucoup d'entre eux vivent chez nous depuis bien des années, les Algériens de France et les Français d'origine algérienne ont tissé entre nos deux rives des liens étroits et puissants. Beaucoup se sentent désormais d'Algérie comme de France. A travers eux, comme à travers les Français vivant en Algérie, l'âme de nos peuples se mêle intimement. Dans le respect souverain de son identité, l'Algérie continue de témoigner son intérêt pour la langue française. Comme vous, j'ai la conviction que l'affirmation d'un patrimoine culturel national n'est pas incompatible avec la connaissance et la pratique d'autres langues. C'est tout le contraire : un enrichissement ; une ouverture, à l'heure où se multiplient les échanges partout dans le monde ; une occasion supplémentaire de s'y intégrer pleinement. Et cela vaut aussi, en France, pour la connaissance de la langue arabe, que beaucoup tiennent en héritage et qui, pour les autres, sera un atout. * Enfin, Monsieur le Président, nous partageons des ambitions de paix, de justice et de développement pour le monde. Par son histoire, son voisinage, son héritage culturel et spirituel, l'Algérie a destin lié avec l'ensemble du monde arabe. Profondément méditerranéenne, elle est tournée aussi vers l'Europe. Elle a une position éminente sur le continent africain et elle y exerce d'importantes responsabilités. L'Afrique, nous en avons encore parlé tout à l'heure, est au coeur de nos préoccupations. Vous savez combien la France est attentive et soutient les initiatives qui peuvent faire progresser la paix, la stabilité, et donc l'intégration régionale sur le continent. Je veux rendre hommage au rôle déterminant que vous-même, ainsi que l'Algérie, avez su tenir au titre de la Présidence de l'Organisation de l'Unité africaine : en sensibilisant les partenaires de l'Afrique à ses difficultés ; en lançant un signal fort aux Africains eux-mêmes, afin qu'il soit mis fin aux crises violentes et aux prises de pouvoir arbitraires ; en agissant avec détermination en faveur du règlement des conflits sur le continent. La paix au Proche-Orient, l'Algérie en est également le militant inlassable. Là encore, Algériens et Français se retrouvent pour soutenir la recherche d'une paix globale, juste et durable, fondée sur le respect du droit international et des engagements pris. Vous et nous le savons bien, les plaies de l'Histoire sont souvent longues à se fermer. Puissent les dirigeants du Proche-Orient bâtir la confiance, rendre espoir à une région qui perd patience. L'Algérie souhaite aussi développer son partenariat avec l'Union européenne. La Conférence de Barcelone a jeté, en 1995, un pont entre les deux rives de notre mer commune. Le processus, lancé il y a cinq ans, n'a pas encore porté tous les fruits que nous attendions, en raison de l'absence de paix au Proche-Orient. La France, qui va prendre dans quelques jours la présidence de l'Union européenne, a fait une priorité de la relance du dialogue euro-méditerranéen. Je souhaite qu'en novembre prochain, nous puissions nous retrouver, à Marseille, tous ensemble, afin d'aller plus loin et plus vite pour créer un véritable espace d'échange, de compréhension et de dialogue. Ce rapprochement, l'Algérie y est pleinement engagée, à travers notamment ses négociations avec l'Union européenne. Je comprends que vos compatriotes soient attentifs à la conclusion d'un accord équilibré qui offre une chance de progrès économique et social. Il est normal que l'Algérie se prépare avec soin à cette perspective. Et il est légitime que l'accord à conclure le soit dans l'intérêt de tous. Sachez, Monsieur le Président, que la France y veillera. Elle déploiera tous ses efforts, de même que l'Algérie j'en suis sûr, pour que les solidarités régionales qui nous unissent à nos voisins respectifs soient mobilisées au service de nos ambitions communes : l'Union européenne, pour ce qui nous concerne, qui constitue un enjeu majeur pour les Français et les autres Européens ; l'Union du Maghreb arabe, espace naturel de coopération et de fraternité pour les peuples d'Afrique du nord, auxquels nous sommes liés par une même et forte amitié, dans le respect des singularités de chacun d'entre eux. * Mon pays se tient prêt, Monsieur le Président, si l'Algérie le souhaite, à s'engager à ses côtés et à accompagner ses transformations. Nous sommes sensibles à la volonté qui est la vôtre de resserrer les liens entre l'Algérie et la France. Nous partageons le même dessein. Je pense évidemment aux jeunes Algériens et aux jeunes Français. Il nous appartient de leur donner les moyens de mieux se connaître et de préparer en commun leur avenir. Ensemble, bâtissons des relations fortes, confiantes et sereines. Depuis un an, nous avons accompli les uns vers les autres un chemin remarquable, multipliant les rencontres, à tous les niveaux de nos institutions. Et votre visite d'Etat vient donner une impulsion décisive au renouveau de notre dialogue et de nos échanges. Nous avons commencé d'améliorer les conditions de circulation des personnes. En revenant à une procédure rapide et directe de délivrance des visas de court séjour. En simplifiant les conditions d'octroi de visas et d'autorisation de résidence pour les Algériens, étudiants, stagiaires ou chercheurs, désireux de parfaire en France leur formation. Et nous sommes convenus de rénover certains de nos accords, en les adaptant aux réalités d'aujourd'hui sans oublier la spécificité de nos relations. Je pense notamment aux modalités particulières de séjour et de travail des ressortissants algériens sur notre sol. Je pense également, Monsieur le Président, à la refondation de nos instruments de coopération. Ainsi, la réouverture du centre culturel d'Alger sera suivie, à l'automne, de celle du Consulat général d'Annaba et l'an prochain de celui d'Oran. Nous préparons ensemble l'ouverture d'un lycée international à Alger. Progressivement, nous jetons les bases d'un partenariat ambitieux entre nos deux pays. Si l'Algérie le souhaite, la France se tient prête à l'accompagner dans l'effort de la modernisation de son économie. De même, en qualité de présidente du Club de Paris, elle est prête à promouvoir des solutions imaginatives concernant la dette. Elle agira également sans relâche en faveur de l'Algérie auprès des institutions financières internationales. Enfin, comme en témoigne la présence ce soir de nombreux dirigeants économiques français, sachez que nos entreprises sont prêtes à s'investir davantage à vos côtés, à la faveur notamment des privatisations et des grands projets d'infrastructures engagés par votre gouvernement. Il y a quatre mois, vous receviez une forte délégation de nos chefs d'entreprise. Et vous-même, Monsieur le Président, allez rencontrer les représentants des forces vives françaises pour leur présenter les grands défis que relève l'Algérie et les besoins qui s'y expriment. Et pour sceller nos retrouvailles, nous avons décidé d'organiser en 2002 une grande saison culturelle algérienne en France. Ce rendez-vous de nos deux pays, ce rendez-vous en esprit, nous permettra à nous, Français, de parfaire notre idée de l'Algérie, d'en découvrir l'extraordinaire patrimoine en même temps que la créativité, la force et le dynamisme de sa jeunesse. * Monsieur le Président, nous nous réjouissons qu'Algériens et Français renouent de la base au sommet ces liens du coeur qui ne se sont jamais vraiment défaits entre nos peuples. Je rends hommage, ici, à votre souhait de vous rendre à Verdun, où tant et tant des vôtres sont tombés au champ d'honneur, sur la terre de France. Ils sont morts avec leurs compagnons d'armes, pour que nous vivions libres. Les Français ne les ont pas oubliés. A l'heure où l'Algérie s'engage courageusement, résolument, sur le chemin de la réconciliation et de la reconstruction, sachez que la France est là, désireuse d'aborder l'avenir avec vous. C'est fort de cette fraternité retrouvée que je vais maintenant lever mon verre. Je le lève en l'honneur de Monsieur Abdelaziz Bouteflika, Président de la République algérienne démocratique et populaire. Je le lève au peuple algérien, à son bonheur, à sa prospérité. Je le lève au renouveau de l'amitié et à la coopération entre l'Algérie et la France. Je le lève, enfin, à la paix. La paix qui revient dans le coeur des Algériens. La paix qui ouvre la porte à l'espérance des Nations.

Palais de l'Elysée mardi 25 novembre 2003.

Monsieur le Président de l'Académie Universelle des Cultures, Cher Elie Wiesel, Père Ceyrac, Ma Soeur, Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Le Père Ceyrac est un homme que j'admire et que j'aime depuis très longtemps. Sa famille et la mienne sommes liés de longue date. Nous sommes de la même terre d'origine. Il y a sept ans, je recevais ici même son frère Charles, quelques semaines avant que, hélas, il ne nous quitte et qui était aussi pour moi un ami très, très cher et pour ma femme également. Nous avions naturellement avec lui parlé de la Corrèze où vous avez vos racines, à Meyssac, et dont vous êtes parti jeune jésuite, rejoindre l'Inde et accomplir votre vocation missionnaire. Aussi suis-je particulièrement heureux de vous accueillir ce soir.

En choisissant le Père Ceyrac, l'Académie Universelle des Cultures fait preuve d'un discernement que je souhaite saluer particulièrement. Notre temps est un temps où l'efficacité, l'argent, le rendement, la consommation occupent une place prépondérante, c'est ainsi. Il est du devoir de votre Assemblée de présenter à nos contemporains d'autres visions, d'autres exemples, de leur rappeler d'autres valeurs, celles de l'altruisme et de la générosité.





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