Allocution du Président de la République à l'occasion du dîner d'État offert par le Président du Cameroun.

Allocution de M. Jacques CHIRAC, Président de la République, à l'occasion du dîner d'État offert en son honneur par M. Paul BIYA, Président de la République du Cameroun.

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Yaoundé, Cameroun, le samedi 24 juillet 1999

Monsieur le Président de la République, très cher Ami,

Chère Madame,

Mesdames, Messieurs,

Mes chers Amis,

Votre accueil, Monsieur le Président, ma délégation et moi-même une fois de plus, le garderons à jamais dans nos coeurs. La liesse des rues de Yaoundé, pavoisées et vibrant de la fraternité franco-camerounaise, la joie, les sourires, les chants de vos compatriotes, vos paroles, Monsieur le Président, pleines d'amitié et je dirais d'affection et qui m'ont touché, nous ne les oublierons pas.

Nous nous connaissons bien, Monsieur le Président depuis longtemps, et nous avons toujours parlé dans un climat de grande confiance, de respect mutuel, d'amitié, et je le répète, d'affection. Notre dernière rencontre, ce fut en novembre, à Paris, pour le Sommet Afrique-France. Vous m'aviez alors renouvelé votre invitation à rencontrer le peuple camerounais. Je n'ai pas tardé, voyez-vous, à y répondre car j'aime, c'est vrai, me retrouver chez vous, ici, au Cameroun. Cette terre d'Histoire, où résonne encore l'écho lointain de civilisations inscrites profondément dans la mémoire des hommes. C'est la légende du glorieux empire du Bornou-Kanem. C'est la richesse des peuples de l'Adamaoua et des montagnes de l'Ouest. C'est la grande aventure des peuples Bantous. Sous la protection du mont Cameroun, la "montagne des dieux", au carrefour de la mer et des profondeurs de l'Afrique.

Ma présence chez vous, Monsieur le Président, témoigne de la profonde amitié, vous l'avez souligné tout à l'heure, en termes émouvants, qui lie la France au Cameroun. Comment ne pas se souvenir de ces longues années où Camerounais et Français eurent destin lié, je l'avais évoqué, combattant côte à côte pour la liberté de la France et du monde ? Comment ne pas évoquer, chez vous, le souvenir de Philippe de Hauteclocque, vous l'avez fait, l'une des figures les plus belles de notre histoire ? C'est ici, avec le ralliement du Cameroun à la France libre, que commença l'épopée fabuleuse qui, de Koufra au Berghof, en passant par Paris à Strasbourg, devait inscrire le nom de Leclerc dans la légende. C'est avec émotion que le général de GAULLE évoquera -je le cite- "ces jours tragiques où une poignée de Français libres trouva au Cameroun un concours décisif et où -ajoutait-il- j'y trouvai moi-même de précieux et chers compagnons".

Le temps a passé. Aujourd'hui, le Cameroun offre l'image d'un pays stable, d'un pays moderne et transformé par une économie dynamique. Dans un environnement régional fragile, votre pays, Monsieur le Président, est appelé à jouer un rôle moteur pour promouvoir les facteurs de progrès et de paix que sont l'intégration et l'organisation de la sécurité régionales. La France, vous l'avez dit et c'est vrai, encourage ce mouvement et entend le soutenir.


C'est d'abord l'image d'un pays en paix avec lui-même qu'offre le Cameroun. Ici se bâtit, jour après jour, une société plus apaisée, fondée sur le dialogue, le débat et le pluralisme de la vie politique. Vous poursuivez la construction d'un Etat au service du bien commun, respectueux des libertés, sans cesse plus juste, plus équitable, plus soucieux de partager entre tous les fruits de la croissance. Et je rends hommage aux Camerounais et à leurs représentants qui, dans les moments de tensions et de difficultés, ont opté pour la modération, ont su faire taire leurs différends et retrouver les voies de la paix civile.

Ce qui se passe ici, la patiente construction d'un état de droit, doit devenir la règle partout. La démocratie doit se substituer à la confiscation du pouvoir, la citoyenneté aux réflexes ethniques ou claniques, la négociation à l'affrontement, la paix aux conflits, la tolérance à la violence.

Vous avez le souci de l'homme, je le sais de son épanouissement. Vous souhaitez que chacun ait sa chance. Alors, vous poursuivez une ambitieuse politique scolaire. Vous militez pour l'égalité et vous plaidez en faveur du rôle des femmes dans la société camerounaise.

Vous n'acceptez pas que tant des vôtres demeurent démunis, privés de conditions d'existence acceptables. Alors, vous multipliez les projets pour un meilleur accès à l'eau et à la santé, en ville comme à la campagne. Vous savez que, pour être efficace, l'action politique doit se rapprocher des citoyens. Alors, vous renforcez l'autonomie et les compétences de vos collectivités locales.

La société civile se consolidant, la voie est ouverte pour le progrès économique. C'est, ici, ce que vous entreprenez ! L'assainissement financier indispensable, en particulier les privatisations des entreprises publiques sont menées à bien dans le cadre du programme conclu avec l'accord du Fonds monétaire international. Vous développez les équipements et les infrastructures. Vous jetez les bases d'une économie moderne. Vous pensez aux générations à venir et vous privilégiez un développement respectueux de l'environnement et qui préserve, c'est votre souci constant, les richesses naturelles.

Toutes ces décisions permettent au Cameroun de jouer un rôle majeur, dans un environnement régional qui aspire au développement et à la paix. Nous partageons votre souci de voir la région aller au même pas, en renforçant l'intégration régionale et la sécurité collective. Soyez assuré, Monsieur le Président, de la solidarité de la France dans cette démarche.


Solidaires, nous le sommes avec le Cameroun dans les moments difficiles, en répondant aux situations d'urgence comme ce fut le cas lors de la terrible catastrophe de Nsam. Nous le sommes en accompagnant chaque jour votre pays dans la voie de son développement.

Solidaires, nous le sommes aussi avec les autres pays africains qui ont encore besoin d'être soutenus. Vous le savez, la France qui refuse toute sorte d'afro-pessimisme milite avec ardeur pour le maintien de l'aide publique au développement. Dans toutes les enceintes, de l'Union européenne au G8, du FMI à la Banque mondiale, nous en appelons aux pays les plus riches pour qu'ils soutiennent leurs efforts au profit des plus pauvres. Nous croyons aux vertus du commerce mais nous savons aussi que les peuples doivent être aidés, leurs succès encouragés, leurs économies consolidées pour attraper à leur tour le grand train de la mondialisation. Nous savons que, sans aide publique, les retards s'accumuleront, au risque de laisser des pays et des peuples au bord du chemin qui conduit aux progrès. Cela, ni vous ni nous ne pouvons l'accepter.

Il y a quelques semaines, à l'initiative notamment de la France, le Sommet du G7, qui se tenait à Cologne, a fait un geste d'une grande importance en direction des pays les plus démunis, en annulant pour 70 milliards d'euros de dettes bilatérales et multilatérales, et en portant à 36 le nombre des pays éligibles à cette annulation, sous condition de bonne gestion. Je suis heureux que le Cameroun puisse bénéficier de ces mesures.

La France, en ce qui la concerne, fait de la coopération une priorité de sa politique étrangère. Cette coopération, qu'ensemble nous faisons évoluer, nous devons continuer à l'adapter. Pour qu'elle réponde mieux encore aux attentes de vos compatriotes. Pour soutenir les importantes et courageuses mutations de la société camerounaise engagées sous votre autorité. Pour appuyer vos réformes et mener avec vous les projets qui dessinent le Cameroun de demain. Tout cela c'est l'adaptation d'une politique qui est sans cesse remise en cause et en oeuvre par les autorités publiques, le gouvernement français et moi-même.


Mais, et chacun le ressent bien, rien ne peut se faire sans la sécurité et donc la paix. Le Cameroun est un pays de paix. Vous l'avez démontré sur la question de la presqu'île de Bakassi. Nous croyons, comme vous, qu'il faut s'en remettre à la Cour internationale de justice pour parvenir enfin à un règlement pacifique, accepté et respecté par toutes les parties, il n'y a pas d'autres issues possibles à ce type de crises ou de contestations. Nous croyons aussi que de bonnes relations de voisinage sont essentielles s'agissant du Cameroun et du Nigeria, deux grands pays qu'unissent la géographie et les hommes, et avec lesquels la France entretient des relations d'amitié. Lorsque vous estimerez le moment venu d'une plus étroite coopération entre le Nigeria et le Cameroun, la France sera prête, Monsieur le Président, si cela est souhaité, à participer à sa mise en place.

Quant à la paix dans votre région, Monsieur le Président, nous nous félicitons de la création, à votre initiative, d'un "Conseil de paix et de sécurité", le COPAX, pour la prévention collective des conflits en Afrique centrale et nous soutenons ce projet.

La paix a été, l'an dernier, au coeur du Sommet des chefs d'Etat d'Afrique et de France. La solidarité continentale est le pilier essentiel de tout mécanisme de prévention des conflits et des crises. C'est bien ce qui a été montré quand l'Europe a pris ses responsabilités pour faire cesser la barbarie au Kosovo. Aussi nous réjouissons-nous des progrès accomplis ces derniers mois par votre continent pour prendre en main sa propre sécurité. La France, à travers le Programme de renforcement des capacités africaines de maintien de la paix (le programme RECAMP) est disposée, comme elle l'a déjà prouvé, à prendre toute sa part de cette évolution.

Oui, nous, Français, nous sentons solidaires de votre pays qui, jour après jour, consolide et enracine la démocratie. Par la géographie et par l'histoire, le Cameroun réunit les cultures et les hommes. Son visage de sagesse et de tolérance en fait un exemple en Afrique.

C'est confiant dans nos succès à venir, nos succès au service des Camerounais, nos succès pour le développement, la démocratie et la paix en Afrique, que je vais maintenant, Monsieur le Président et très cher Ami, lever mon verre. Je le lève en l'honneur de mon ami, Monsieur Paul BIYA, Président de la République du Cameroun. Je le lève en l'honneur de Chantal, son épouse, en l'honneur des hautes personnalités camerounaises et françaises qui nous entourent ce soir. Je le lève en l'honneur du peuple camerounais, à qui je souhaite bonheur, paix et prospérité. Je bois, mon cher Ami, à notre amitié et à l'amitié entre deux pays.





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