Allocution du Président de la République à l'occasion de la remise de décorations au Kulturinnov à Budapest, Hongrie.

Allocution de M. Jacques CHIRAC, Président de la République, à l'occasion de la remise de décorations au Kulturinnov.

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Budapest, Hongrie, le jeudi 16 janvier 1997

Monsieur le Président,

Mesdames,

Messieurs,

Je vous remercie de votre chaleureux accueil et je veux vous dire à mon tour combien je me réjouis de vous rencontrer. Cette réunion à la Fondation hongroise pour la culture est pour moi un privilège et un honneur. Elle me permet de rendre hommage à celles et à ceux qui, pesant de tout leur courage, leur enthousiasme et leur ténacité, ont infléchi, il y a quarante ans, l’histoire de votre pays.

Dans " Automne à Budapest ", de Ferenc KARINTHY, un personnage tire les conclusions de l’insurrection de 1956 : " Il faut que notre sang versé, toutes nos souffrances portent un jour leurs fruits. L’histoire ne peut revenir en arrière ".

L’histoire n’est pas revenue en arrière : elle a tranché les liens avec ce passé insupportable en 1989, à la lisière du rideau de fer. Une fois de plus, les Hongrois faisaient l’histoire. Une fois encore, ils étaient les pionniers d’un mouvement libérateur.




En octobre 1956, Budapest attendait un changement, mais pas une explosion d’une telle violence.

Personne ne pensait que le peuple, las d’être un figurant ou une force d’appoint, demanderait la parole avec tant de vigueur.

Une réalité nouvelle a brusquement surgi. Se réveillant comme d’un cauchemar, la jeunesse hongroise se soulevait contre le despotisme. Les jeunes insurgés se sentirent vainqueurs d’une des armées les plus puissantes du monde.

Se souvenant des tentatives réitérées de 1703, de 1848, de 1945, la nation hongroise, dans un débordement de passions et dans une unanimité fraternelle, se retrouva elle-même.

Même écrasée par les chars soviétiques, la révolution hongroise représente un moment exceptionnel, car elle permit à tout un peuple de dire à haute voix ce qu’il avait à coeur, et d’exprimer son rêve séculaire d’indépendance et de démocratie. Un rêve dont les vainqueurs durent tenir compte tant demeuraient forts la résolution et le courage des vaincus.

Ainsi s’achevait, au début de 1957, il y a exactement 40 ans, l’une des plus fortes, l’une des plus belles, l’une des plus pures révolutions de l’histoire européenne. Une révolution qui a donné à la Hongrie un rôle central dans la série des tremblements de terre qui ont fini par faire s’écrouler l’empire soviétique : au cours des années 80, le mouvement des peuples dans toute l’Europe de l’Est l’a moins détruit, pour reprendre un mot de Chateaubriand, qu’il n’en a " dispersé les cendres ".




Monsieur le Président de la République, et vous, Mesdames, Messieurs, vous avez été, il y a quarante ans, non seulement les témoins, mais aussi les acteurs de ces journées exceptionnelles. Et je veux vous rendre hommage, au nom de tous les Français, de tous les Européens qui ont suivi votre insurrection avec autant d’attention passionnée que de colère impuissante. Je veux rendre hommage à votre courage et à votre engagement : vous nous avez rappelé, alors que nous aurions pu être tentés de l’oublier, qu’aucun système politique ne peut durer s’il est fondé sur la suppression de la liberté, qu’aucun régime ne peut durer sans l’adhésion du peuple, et qu’il arrive inévitablement un moment où les hommes et les femmes n’acceptent plus le mensonge et secouent le joug.

Un poète français, Patrice de La Tour du Pin, nous a mis en garde :

" Les pays qui n’ont plus de légendes,

Seront condamnés à mourir de froid. "

En raison des hauts faits et des tragédies qui ont marqué leur histoire, nul ne peut mieux comprendre que nos deux peuples la force et le pouvoir de ces légendes. Vous leur avez apporté un nouvel éclat. Abandonnés de tous, vaincus, exilés, emprisonnés, certains même exécutés, vous, les révolutionnaires de 1956, vous incarnez pour toujours l’éternelle jeunesse des idéaux pour lesquels vous vous êtes battus. Et votre exemple restera ; il restera comme le symbole de l’espoir et de la confiance en ce que l’homme a de plus grand, de plus sacré : sa dignité. Au-delà des tempêtes et des malheurs, vous avez donné au monde une splendide leçon de volonté et d’espérance.

C’est la raison pour laquelle, Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs, je veux vous exprimer l’estime et le respect du peuple français, ainsi que sa reconnaissance et son affection. C’est pour cela que j’ai décidé d’accueillir dans l’Ordre national de la Légion d’honneur, d’abord vous, Monsieur le Président de la République, et un groupe de vos compagnons pour le rôle éminent que vous avez joué au cours de cet automne exceptionnel, ainsi que pour les liens que vous vous êtes toujours attachés à développer entre la Hongrie et la France. Et je souhaite que ces insignes soient pour vous, Monsieur le Président de la République, pour vous, Mesdames, Messieurs, la marque tangible de l’étroite amitié qui unissent depuis si longtemps nos deux pays et nos deux peuples.



Remise des decorations.

Elevé au grade de grand-croix de la Légion d’honneur :

- M. Arpad GONCZ,

Président de la République de Hongrie

Promus au grade d’officier :

- M. Domokos KOSARY

- M. Peter FOLDES

- M. Lajos FUR

- M. Imre MECS

Nommés au grade de chevalier :

- Mme Edit SZELENYI

- M. Miklos VASARHELYI

- M. Tibor TARDOS

- Mme Margit NEMETH

- M. Tibor MERAI

- M. Gyorgy LITVAN

- M. Pierre KENDE

- M. Rudolf ANDORKA





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